édito de aude cartier

En attention et vigilance avec les enjeux sociaux et environnementaux présents et à venir, le centre d’art s’engage pour défendre le vivant.

La politique du centre d’art porte une attention particulière vis-à-vis des enjeux sociaux et environnementaux. Depuis plusieurs années, l’équipe a mis en place une série de bonnes pratiques pour être en attention avec son environnement, allant de mesures pour réduire son impact carbone, à veiller à la juste rémunération des auteur·ice·s, favoriser l’économie circulaire dans l’ensemble de ses actions, ainsi qu’au ralentissement de sa programmation afin d’encourager un “écosystème d’attentions”. En 2023, le centre d’art a souhaité amorcer un pas supplémentaire avec l’expérimentation du projet Couper les fluides. Pendant plusieurs mois, l’établissement a fait l’expérience de renoncer à l’usage des fluides, eau, gaz et électricité, dont dépendait son fonctionnement habituel. Est-ce que “Couper les fluides” signifie se couper du monde extérieur ? Comment réinventer le travail low carbone, low fluides ? Comment poursuivre ses missions de service public ? Ce furent bien là les enjeux de l’expérimentation et de son observation.
En 2024, dans le prolongement de Couper les fluides le centre d’art imagine un nouveau projet, sur trois ans, intrinsèquement lié à ses axes de recherches. Un centre d’art nourricier, se manifeste comme un lieu écocitoyen, qui réunit des auteur·rice·s, des habitant·e·s, des usager·ère·s devenant transmetteur·euse·s de leurs savoir-faire. Portant une attention à la transmission, le centre d’art se réinvente encore et souhaite requestionner, repenser et renouveler les modes de partage, dans la volonté de penser en commun, de s’alimenter ensemble, de se nourrir des savoirs et des ressources de chacun·e. Le projet souhaite être inclusif et selon un principe d’économie contributive. Il se fabrique depuis des espaces permanents comme la cuisine, la permaculture, la vidéo-room, la pépinière, l’agora, la résidence, l’atelier, les temporaires, la librairie consultative et se géolocalisent principalement sur ses deux sites, la maison des arts et la supérette.
Le titre Un centre d’art nourricier induit le contenu du projet. Il est guidé par le concept de « Terre nourricière » couramment utilisée dans de nombreuses langues et traditions, pour désigner la planète en tant qu’écosystème. Celle-ci rappelle l’interdépendance qui existe entre les organismes vivants et de la nécessité d’en prendre soin.

Le titre juxtapose avec la fonction de l’établissement, le mot nourricier, soit qui fournit de la nourriture qu’elle soit intellectuelle ou alimentaire. Le projet fait également écho aux écoles d’art créées et constituées par des artistes au XIXe siècle. Il porte une attention à inviter des auteur·rice·s sur des temps longs de résidence réflexive, d’atelier de travail et de recherche. Il pose le principe de vivre le lieu et de ne plus être un·e auteur·rice·s de passage le temps d’une exposition, d’un projet. Les auteur·rice·s, les citoyen·ne·s deviennent les habitant·e·s du lieu et font écho aux différents projets menés au centre d’art comme par exemple Mobilisé·e·s (mars-mai 2021).
Le projet se manifeste :

  • Comme lieu éco-citoyen qui place ensemble des citoyen·ne·s, qu’iels soient artistes-auteur·rice·s, habitant·e·s du territoire, jardinier·ère et/ou toutes espèces issues du vivant qui s’inventent autour d’envies ou sujets communs à débattre et à transmettre.
  • Comme école éco-expérimentale qui décloisonne ses savoirs, il lie des auteur·rice·s, artisan·e·s, citoyen·ne·s devenant enseignant·e·s, transmetteur·euse·s, il s’appuie sur des savoir-faire et ressources des habitant·e·s de Malakoff et d’ailleurs.
  • Comme expérience éco-conçue, de la fabrication, à la vie du lieu et des modules, tout est au maximum éco-conçu, (les meubles, les œuvres, les performances, les ateliers, les fluides, la communication..).

Le projet s’appuie sur deux temporalités :

  • Les permanents : modules qui s’activent sur les trois années du projet sur ses deux sites.
  • Les temporaires : invitations qui s’articulent par cycle de 6 mois.

En 2024, deux cycles sont prévus : Éco-luttes du 23 mars au 20 juillet 2024 et Boycore monde du 21 septembre au 14 décembre 2024.
En parallèle, l’équipe met en situation sur toute l’année une quarantaine de moments d’échanges propices aux discussions, d’ateliers de cuisine, d’ateliers de permaculture, d’arpentages, de dispositifs de soutien, de projets hors les murs et réimagine sans cesse des modules de médiation et d’éducation artistique adaptés aux besoins des visiteur∙euse∙s. Les deux sites et les équipes s’incluent à la démarche d’un territoire apprenant.

fatima ouassak

Fatima Ouassak est essayiste, autrice de deux essais remarqués, La Puissance des mères et Pour une écologie pirate, aux éditions La Découverte. Militante engagée dans l'antiracisme et l'écologie, elle signe avec Rue du Passage son premier récit littéraire.

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