D’une famille originaire d’un petit village situé en Champagne, près de Reims, Christian Lapie a tout d’abord développée une démarche picturale se nourrissant de la mémoire d’une terre chargée d’une histoire douloureuse. Avec le temps, l’artiste est passé de la surface au volume pour dresser d’imposantes figures dont la force symbolique le dispute à leur valeur universelle. Au-delà du microcosme champenois, son travail a gagné l’étendue d’une géographie qui ne compte plus de frontières, ni géographiques, ni culturelles. Puissantes et silencieuses, les figures de Christian Lapie sont extraites d’imposants troncs d’arbres qu’il choisit pour la rectitude de leur fût, puis (fendus manuellement) et taillées à la tronçonneuse en forme humaine, enfin recouvertes d’une gangue sombre qui les charge d’intemporalité.
Installées par groupe ou isolées en fonction des situations où il est invité à intervenir, l’artiste les dresse à la verticale et, tout soudain, l’espace les accapare. Tout à la fois hiératiques, spectrales et mémorables, les sculptures de Christian Lapie opèrent comme des sémaphores qui mettent en exergue l’esprit des lieux qu’elles occupent. C’est qu’au fil de l’œuvre, l’artiste a pris toute la mesure du jeu dialectique existant entre le local et le global ou comment une œuvre ou une simple réunion d’œuvres peut condenser en elles toutes les cultures du monde. Tout comme opèrent les petits tirages en bronze qu’il en a déduit, voire toute cette production de dessins qui accompagne ses sculptures, non dans une manière mimétique mais dans un écho de leur présence.
Conçues ou choisies tout spécialement pour la Maison des Arts de Malakoff, les œuvres qui y sont présentées déclinent ces différentes propositions formelles. La façon qu’elles ont d’y faire signe en dit long sur la justesse de leur relation à l’espace et contribuent tant à le révéler qu’à l’inscrire mémorablement.

Philippe Piguet

Commissaire invité : Philippe Piguet

christian lapie

Christian Lapis est né en 1955 à Reims.
Il fait ses études à l’École des Beaux Arts de Reims 1972-1977 et à l’École Nationale Supérieure des Beaux Arts de Paris 1977-1979. D’abord peintre, il travaille à partir de craie, oxydes, cendres sur de grossières bâches montées sur des châssis rudimentaires, le motif de la fenêtre se transforme en celui de croix. La forme devient bas-relief, les matériaux évoluent : tôles, ciment, bois calciné, fers à béton et peinture. Partant de cette brutalité manifeste et suite à un séjour de création dans la forêt amazonienne, il passe directement à une sculpture monumentale. Ce sont des figures de bois brut et calciné ; certaines voient le jour en Champagne, terre de combats sanglants lors de la Première Guerre Mondiale, pour s’installer à travers le monde (Japon, Canada). L’œuvre de Christian Lapie questionne notre mémoire individuelle et collective. Ses installations de figures spectrales naissent de lieux choisis, empreints d’histoire, quel que soit le continent ces figures sans bras ni visage, monumentales et puissantes, interrogent et déstabilisent. 

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