Le collectif et l’équipe du centre d’art convient par le culinaire, la parole, ou la musique, les citoyen·nes à clôturer le cycle En des lieux sans merci autour de la musique.

programme acte de clôture « manzé pou lo kèr »
samedi 31 janvier 2026
15h-19h 
site maison des arts

Myriam Omar Awadi du collectif En des lieux sans merci invite pour cet acte de clôture à s’immerger dans le concept du manzé pou lo Kèr (manger pour le cœur) de la chanson d’Alain Peters. Le manzé pou lo Kèr, pourrait être la voix, le chant comme nourriture de l’âme et du cœur. 

  • 15h : La voix des réparations « Politics of sound ». Rituel d'écoute par Pascale Obolo.
  • 15h30 : « La voix de celles qui veillent et élévent ». Restitution de résidence, conversation avec les gardiennes de berceuses Fatima Nazoim et Khady Mbaye. 
  • 16h : La voix des « résistances affectives »*: Les pénis pleurent aussi, berceuse au patriarcat. Performance collective par Myriam Omar Awadi.   
  • 16h30 : « La voix des nos ventres, force vitale et sensuelle : Mbiwi ». Atelier de chant et percussion avec Faïda Boina.  
  • 17h30 : « La voix de la louve : Le jour ou j'ai commencé le rap : rage 3 fois ». Performance par Alice Dubon. 
  • 18h30 : « La voix des lamentations : Dildo's Lament, Whiteness shades me ». Performance de Hélio Volana en collaboration avec Alix Pétris, artiste lyrique contre-tenor. 


Texte de présentation

Incantation pour un Manzé pou lo kèr

« Mi sa si somin, mi wa koud kony na plin
Ki koté zot y vyin
Partou mi sa va, tout sa mi kompran pa
Na tro wati watia, tout zot wati watia 

Détrwa néna plin, détrwa na pwin ryin
Tout y manze zot doulèr

Défwa ti domann maman, pourkoué a mwin y plèr
Kari na pwin pou l'kèr 

Wo ki lé ou la dan wo ki lé ou mon frèr
Wo ki lé ou la kan ti wa mwin lé mizèr
Wo ki lé ou la dan wo ki lé ou bonèr
Wo ki lé ou la dan wo mangé pou lo kèr

Partou y fé nwar, mi antèr pa lespwar
Toultan soley lévé
Zwazo la santé, mwin si mwin va santé, mèm lé dir ma santé
Si lé dir ma santé, mèm lé dir ma santé»*

*Extrait de la chanson Manzé pou le coeur, d’Alain Peters

Dans la chanson qui intitule ce rituel de clôture, le poète et chanteur réunionnais Alain Peters cherche la solidarité de frères et sœurs qui semblent cruellement manquer :

« Où es-tu mon frère quand tu me vois misère, quand nous continuons à prendre des coups ? »demande-t-il. 
« Tous ravalent leur douleur. 
Parfois tu me demandes pourquoi je pleure ? 

Parce qu’il n’y a pas de nourriture pour le cœur… »

Il faut entendre l’espoir et la résistance poétique qui se loge au creux de la formule, c’est une invocation. Si, comme l’évoque Audre Lorde, les lieux sont certes sans merci, nous ne manquons pourtant pas de ressources pour y semer les graines de nos subsistances spirituelles et résister au morbide des suprématismes, des violences coloniales, des stratégies de division et donc du mépris de nous-mêmes.

Quand Audre Lorde goûte aux saveurs des lèvres d’une louve, la colère, elle y trouve de quoi illuminer, rire, protéger et mettre le feu aux vieux mondes. Alain Peters, quant à lui, lui que l’on nomme aussi le Clochard Céleste, choisit d’écouter le chant des oiseaux et trouve dans leurs sifflements mélodieux une autre forme de résistance : il chantera comme les oiseaux, avec les oiseaux, il chantera, et quand bien même traversés par les obscurités des plus grandes adversités, il chantera encore et encore.

Est-ce par et dans le timbre de nos voix que se cultivent les nourritures du cœur ?

La voix — qu’elle soit chant de prière, lamentation, salutation, connexion aux forces cosmiques, expression salvatrice de la colère, de la joie et de l’extase, puissance émancipatrice, bénédiction, protection, médicament, transmission de savoirs, écriture sensorielle et poétique de l’Histoire, création d’imaginaires — reste le médium de la plupart de nos technologies ancestrales, et selon le Clochard Céleste, la nourriture pour nos cœurs.

Alors… En des lieux sans merci, là où la cruauté s’installe sans bruit, qu’est-ce qui, entre nous, dans nos corps traversés, irradients mille présences, saura encore dire non — sinon la voix, une voix pourtant multiple, diaphonique, portant plus d’un souffle, plus d’une mémoire, la voix, nos voix qui grondent, éclatent, frôlent, caressent, murmurent, la voix, nos voix qui parfois tremblent, et qui pourtant s’élèvent ?

Qu’est-ce qui, entre nous, saura encore raviver le souffle de nos feux salvateurs, sinon la voix ? 

« Plus qu’une voix, une voix, une voix / La voix du désir limpide de l’eau à s’écouler / La voix de la lumière d’une étoile sur les rondeurs de la terre / La voix d’un sens naissant qui prend forme / et de la complicité grandissante de l’amour / La voix, la voix, la voix, seule la voix reste… » *
* D’après le poème « Seule la voix reste » de Forough Farrogkhzad

Les interventions 

  • 15h : « La voix des réparations : POLITICS OF SOUND » rituel d’écoute, par  Pascale Obolo.

Les musiques qui réparent les corps et les récits. « Que les oreilles s’ouvrent aux sons enfouis, qu’ils deviennent des ponts entre hier et demain, entre les blessures et les réparations. » Extrait de l’Edito Manifeste du numéro Politics of sound #2 de la revue Afrikadaa. 

  • 15h30 : Restitution de résidence et conversation, avec les gardiennes de berceuses Fatima Nazoim et Khady Mbaye.

Quels pouvoirs secrets portent les berceuses, ces chants de l’intime qui accueillent le nouveau-né et guident l’enfant vers le sommeil et l’invisible ? Bien avant le langage, elles tissent l’attachement, nourrissent l’amour. Mais elles sont aussi des technologies de transmission : quelles histoires, quels savoirs, quelles sagesses sont infusés dans la voix, la mélodie, le rythme et l’abstraction poétique des berceuses ? 
Aujourd’hui, avec la participation de mamans et d’assistantes maternelles de la crèche Pierre Valette, nous partageons la récolte de ces chants, les histoires qu’ils portent, leur traduction, sans dévoiler tous leurs secrets, nous esquisseront peut-être une 
cartographie sonore de nos liens et de la beauté profonde de nos humanités.

La voix des « resistances affectives »* : LES PÉNIS PLEURENT AUSSI, BERCEUSE AU PATRIARCAT

  • 16h : performance collective, par Myriam Omar Awadi.

Dans cette performance « Myriam Omar Awadi mise sur la puissance de la douceur pour déconstruire les attributs du virilisme dominant. Les vibrations amplifiées d’un sextoy que l’artiste cherche à amadouer au son de berceuses apparaissent ainsi comme les tremblements d’un pénis au repos dont l’image de vulnérabilité opère comme une réparation symbolique. Son titre, Les pénis pleurent aussi, se réfère ainsi au célèbre film de Resnais, Marker et Cloquet pour appuyer l’idée d’un organe désubstantifié, vidé de sa puissance, comme fétichisé par le patriarcat » qu’elle propose d’endormir. 

  • pause tisane /  pause rhum arrangé
     
  • 16h30 : « La voix des nos ventres, force vitale et sensuelle : Mbiwi ». Atelier de chant et percussion avec Faïda Boina.  

Le mbiwi est une expression artistique et culturelle des Comores, mêlant chant, danse et percussions. Héritage vivant des populations africaines de l’archipel, il est porté par les femmes et accompagne les moments forts de la vie, notamment les mariages.
C’est une 
polyphonie de voix avec avec laquelle nous vous invitons à converser : La voix des corps à travers le mouvement du bassin — uzinisa kundru, « faire danser le collier de perles » — la voix des claves de bambou qui marquent le rythme, lui même conteur, et les voix chantées qui s’élèvent en chœur. 
Une polyphonie de voix pour déployer ensemble un espace de liberté, de création et de joie. 
Sociologue de formation, Faïda Boina s’est spécialisée en sociologie de l’individu, de la famille et des migrations. Après une expérience professionnelle dans les secteurs de l’éducation et de la médiation scientifique, elle a orienté son parcours vers la transmission et la valorisation de la culture comorienne.
À travers Komor AteliersFaïda Boina œuvre à rendre accessibles les arts, l’histoire et les clés de compréhension de la société comorienne et de ses dynamiques individuelles et collectives.

  • 17h30 : « La voix de la louve : Le jour ou j'ai commencé le rap : rage 3 fois ». Performance par Alice Dubon. 

« […] Parfois
Souvent 

Le bruit de la rue
Pèse sur mes épaules
Mais il parait que le plus terrifiant
Dans cette sombre histoire
C’est mon corps à moi

Alors, j’enfile mon casque, puis d’un coup la justice nique sa mère - On me fait comprendre que notre réparations n’est pas à leurs conditions. »

Artiste originaire de la République démocratique du Congo [RDC], Alice Dubon se définit comme une apprentie sorcière du corps de texte. Guidée par la politique de l'intime, sa recherche introspective se concentre sur la norme et la monstruosité, l'organique et le psychique. Elle étudie la dissociation entre histoire personnelle et personnage social, observe les arts dans l'ambition de transmettre les luttes. Que reste-t-il lorsque le temps parle, lorsque les corps partent ?
 

  • 18h30 : « La voix des lamentations : Dildo's Lament, Whiteness shades me ». Performance de Hélio Volana en collaboration avec Alix Pétris, artiste lyrique contre-tenor. 

Dildo’s Lament, Whiteness shades me.

Dildo’s Lament est un corpus détournant le titre de l’aria Dido’s Lament provenant de l’opéra Didon et Énée (Henri Purcell). Au travers de performances et d’installations, les vibrations de dildos y incarnent un chœur mélancolique conjurant les assignations à des normes limitantes. Dans cet acte, Whiteness Shades me, Helio Volana s’entour de l’artiste lyrique Contre-Tenor Alix Pétris pour construire un rituel funéraire camp et empouvoirant.

afrikadaa

présentation

AFRIKADAA est une plateforme, un laboratoire qui intègre la richesse d’une scène artistique émergente dont la production mérite visibilité et réflexion. La revue est un espace curatorial déterritorialisé où artistes et acteurices-x de la création contemporaine interrogent esthétique et éthique face aux enjeux majeurs de la mondialisation. Parce qu’il est temps de redéfinir les relations entre territoires, idées et mouvements artistiques, AFRIKADAA apporte une autre perspective, en tant que revue, à la scène artistique contemporaine en racontant l’histoire et les trajectoires des communautés d’artistes au-delà des frontières du marché. Les voix qui s’expriment par la revue aujourd’hui viennent combler un manque et un décalage existant entre continuum colonial des discours et pratiques de résistances locales ; et montre que continuer de parler de nous sans nous fait preuve d’une incompréhension globale sur les problématiques postcoloniales. AFRIKADAA s’impose ainsi comme une poche de résistance vis-à-vis des pratiques de légitimation du pouvoir.
Créée en 2013, la revue d’art papier et digitale AFRIKADAA est menée par un collectif d’artistes-x, commissaires-x d’art, historiennes-x d’art, militantes-x et étudiantes-x. 

http://www.afrikadaa.com

alice dubon

présentation

Alice Bondoki alias Alice Dubon. Artiste originaire de la République démocratique du Congo [RDC], née le 21 mars 1997 à Kinshasa (Congo). Elle se définit comme une sorcière du texte corporel. Guidée par la politique de l'intime, sa recherche se concentre sur la norme et la monstruosité, l'organique et le corporel. Elle étudie la dissociation entre histoire personnelle et personnage social, l'introspection et l'invisibilisation. Que reste-t-il quand le temps passe, quand les corps s'en vont ?

hélio volana

Helio Volana (1994) vit et travaille entre Paris et Antananarivo.  Helio décortique des questions de mémoire et de spiritualité à travers un travail sensible aux enjeux queers et décoloniaux. L’installation y devient un sanctuaire, la performance, un rituel et le sonore une oraison intime. Sa première exposition personnelle aura lieu à la Teinturerie (Antananarivo) au printemps 2026. Iel est lauréat.e en 2024 des bourses FoRTE (Région Île-de-France) et Mira (Institut Français).

myriam omar awadi

présentation

Myriam Omar Awadi est une artiste franco-comorienne.

Elle vit et travaille à La Réunion. Myriam crée des dispositifs de parole et d'écoute pour des voix qui ne sont pas toujours audibles et des présences invisibles. Ses recherches récentes se concentrent sur les traditions féminines de chant et les rituels de possession des îles de l'océan Indien et de l'Afrique australe, qui inscrivent des présences et des récits oubliés. La transe est donc envisagée à la fois comme une technologie et une méthode : convoquer nos fantômes et colmater les trous des architectures de nos mémoires en spéculant des fictions sensibles de ce qui a été et de ce qui adviendra certainement dans un tremblement. Son travail a été présenté lors de l’exposition Vision au Palais de Tokyo en 2016, à la Colonie barrée en 2017, à la Biennale de Bamako en 2019 et 2022, à la fondation H - Antananarivo en 2021, à la Biennale de Kochi et au Zeitz Mocaa en 2022, à l’institut français de Casablanca en 2023. En 2024 elle participe à la Biennale transnationale noire Af-flux à Montréal, à l’exposition Transfeminisms à la Mimosahouse à Londres et à la Haus der Kulturen der Welt pour l’exposition

Forgive us our Trespasses. Après une résidence de recherche à la Fondation Art Explora, elle participe cette année à La 36ème Biennal de Sao Paulo et à La Momenta à Montréal. Ses oeuvres font partie des collections du CNAP, du Frac Réunion, de l’Artothèque et de la Région Réunion.

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